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Le dossier santé dématérialisé — et bientôt le patient?

De l’inconvénient d’être né. Ce recueil d’aphorismes de 1973 que l’on doit au maître de l’autoconscientisation du néant, Emil Cioran, devrait être offert aux anciens conseillers fédéraux Johann Schneider-Ammann et Doris Leuthard. Qui sont allés, dans la plus parfaite opacité, discuter des inconvénients du secret médical avec les professionnels du santé-business.

Souvent les journalistes s’interrogent sur les critères objectifs permettant de qualifier le bilan d’un(e) futur(e) ex-ministre. Ils occultent régulièrement, dans leur évaluation, l’impact de ces retraités sur les perspectives politiques et/ou sociétales. La plus magistrale démonstration a été donnée par leur singulière participation des deux plus récents démissionnaires du Conseil fédéral à une réunion secrète qui s’est tenue à Berne le 25 octobre 2018, soit quelques semaines avant la fin de leur mandat.

Digne des huis clos occultes du groupe Bilderberg, ce conciliabule entre initiés portait sur la thématique ô combien futile de la numérisation des données médicales, respectivement de l’accès à ces données. Il réunissait, outre les représentants de l’Intelligentsia académique helvétique, les hauts représentants de sociétés diverses (Roche, Givaudan, les CFF, Swisscom, UBS…), dont Google, firme connue pour son incommensurable appétit en matière de données médicales et le développement de son service en cette matière (Google Health).

Que souhaitaient obtenir ces parangons de vertu et de santé numériques? Rien de moins que l’accès aux données figurant dans le futur dossier électronique du patient. Et pour s’assurer de l’exhaustivité de la source des données, ils sont décidés à convaincre les autorités politiques, d’une confondante naïveté, de la nécessité d’obliger les médecins à participer au développement du dossier électronique du patient, alors même que rien ne les y oblige selon les dispositions légales actuelles. Certains ont même osé proposer de sanctionner les récalcitrants Esculapes en leur retirant leur licence en cas de refus (sic!). À l’évidence, en matière de santé numérique, ils doivent tous être considérés comme des médicastres… Les principaux intéressés apprécieront la considération qui leur est ici portée. Assurément.

Peut-être serait-il utile et opportun que les «apprentis sorciers» qui dirigent la stratégie numérique de ce pays s’intéressent à ce qui s’est produit dans les pays ayant ainsi acquiescé aux desiderata de tels acteurs de l’économie. À titre d’exemple, il est permis de rappeler les problèmes engendrés par l’accès convenus par des hôpitaux britanniques à DeepMind, société spécialisée de Google dans l’intelligence artificielle (Louis Adams, DeepMind et les données de santé: la Cnil britannique s’en mêle, in: ZdNet du 4 juillet 2017.)

Et qu’ils se remémorent leurs promesses de ne jamais autoriser l’accès au dossier patient à des assureurs privés et des employeurs. Aujourd’hui, il est question de consentir un accès à des opérateurs téléphoniques, des entreprises pharmaceutiques, des banques, etc. L’exact inverse des garde-fous âprement discutés et implémentés dans les normes.

Le principe de solidarité est le fondement de notre système d’assurances sociales. Si l’on permet d’individualiser l’appréhension des risques, il disparaîtra irrémédiablement. Et à l’instar de Cioran, il nous sera alors possible de conclure à l’inconvénient d’être né… en mauvaise santé.

Il n’y a qu’une seule réponse à cette hérésie si vous voulez éviter de devoir vivre en Absurdie, c’est-à-dire souffrir de la double peine d’être né avec une santé chancelante et de devoir en assumer seul les conséquences: boycottez le dossier électronique de patient, objet des convoitises infinies des acteurs du big data !

Cet article a été publié dans l’Antipresse 169 du 24 février 2019.

 

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